—Ce n'est pas ton avoué que tu attends!… Mais, en effet, tu fais une drôle de tête, ma parole!… Ah! que je suis bête: c'est ton mari qui vient te cueillir?…

—Non.

—Comment! non?… Mais, ah! çà, dis-moi, Marie, sais-tu bien que si tu appartenais à un autre genre de femmes, on croirait que tu attends un amant!…

—Pourquoi dis-tu: «Si tu appartenais à un autre genre de femmes?» Je suis une femme comme toutes les femmes; j'ai les mêmes désirs qu'elles, les mêmes besoins, les mêmes droits…

—Non! mais, voilà qu'elle se met à raisonner, Dieu me pardonne!… Marie, Marie, est-ce que tu blagues? Est-ce que tu te paierais ma tête, par hasard? Je ne marche pas, tu sais! Allons, tu ne peux pas avoir de secrets pour moi; tout cela est une plaisanterie; dis-moi qui tu attends.

—Mais, dit Marie, c'est tout simple: j'ai fait l'autre jour, chez mon avoué, précisément, la connaissance d'un monsieur, un homme très bien, qui m'a abordée, la main tendue, me prenant pour une dame de ses amies dont il m'a dit le nom. Je lui ai fait observer qu'il commettait une erreur; il a été si poli, si comme il faut, je dirai même si spirituel, que je n'ai pas eu le courage de lui tenir rigueur de ce qu'en somme il continuait à me parler… Nous nous sommes revus… Il m'a demandé la permission de me faire visite…

—Et tu lui as accordé la permission, et il vient te «faire visite» ici, à l'hôtel, dans ta chambre!

—Pourquoi pas?

—Mais tu es tout à fait innocente, ma pauvre petite: dans ta chambre, là, au pied de ton lit?

—C'est toi, Lucile, qui trouves cela extraordinaire?