—Alors c'est invraisemblable!

—Monstrueux!

—Immoral!

Et la causerie de s'engager, avec un feu qu'aucun autre objet ne saurait attiser pareillement, sur l'éternel amour, sur la beauté de l'amour, sur la bonté de l'amour, sur la vertu de l'amour, sur la nécessité de l'amour, et presque aussitôt, d'ailleurs, de dégringoler aux privautés de l'amour, à son usage, à ses dosages. Pas une femme présente chez Lucile Thècle, qui consentît à placer quoi que ce fût au monde au-dessus de l'amour ni à passer pour n'être pas initiée à ses plus inquiétants mystères. L'une déclare le caractère impérieux de ses goûts amoureux, une autre avoue leur précocité, une autre leur diversité; une quatrième se lamente à propos des bornes que la nature, hélas! leur impose. Madame de Genaude, un peu ébaubie, un peu intimidée, inaccoutumée à de telles licences, confuse aussi et dépitée d'être la cause involontaire du cynique débat, y prend part, à l'étourdie, et, comme il arrive en des cas pareils, ne tarde pas à renchérir sur la liberté des propos qu'elle entend. Puis elle s'étonne, se trouble, et, effrayée d'elle-même, elle se retire toute rougissante.

*
* *

A peu de temps de là, Lucile Thècle, qui prend plaisir à dégourdir un peu les idées de son amie provinciale par de longs bavardages et des promenades aux magasins ou au Bois, se présente chez madame de Genaude à l'improviste, au St-German-Palace. Toc, toc… On hésite à répondre; puis un pas léger et qui semble vouloir effacer sa trace sur la carpette se laisse entendre à peine; on ouvre enfin, et Lucile voit à son amie un visage étrange qui pâlit et s'anime à l'excès et d'où sort un cri de surprise, franchement hors de propos.

—Ah, çà! Marie, mais qu'y a-t-il? Tu attendais quelqu'un?

—Oui, dit Marie.

—Je parie que c'est ton avoué, et tu as peur que je fourre le nez dans tes affaires?… Je n'aime pas ces gens-là, d'ailleurs, et je me sauve.

—Tu n'as pas l'air de te sauver du tout, dit Marie, et moi, je vais te rassurer: ce n'est pas mon avoué que j'attends.