—L’Hypothèque le mangera!
Septembre vint; les raisins mûrirent; on commença à parler des vendanges. Des chariots passaient fréquemment sur la route, accompagnés d’une étrange mélopée sur deux ou trois notes graves: ils transportaient des fûts vides. Le village retentit bientôt de coups de maillet sur des caisses sonores, curieux prélude des fêtes de Bacchus; sous chaque hangar, en chaque cour, un homme cerclait des tonneaux; enfin, l’air du pays fut imprégné d’odeurs nouvelles: celle des raisins meurtris, douce et sucrée; celle des pressoirs, des celliers, humide et moisie, et de l’acidité des cuves bouillantes et de la saveur âpre et traîtresse du vin nouveau.
Personne ne vendangeait les vignes de M. Quinqueton.
On s’en inquiéta. Le maire dut faire protéger la récolte.
Or, un soir, une ombre fut signalée dans le clos Quinqueton. Il était dix heures environ, la lune était à son déclin, mais les étoiles brillaient. On distinguait une forme humaine qui avançait entre les ceps, d’un pas inhabile, et marquant, du bras droit, une sorte de mesure aux temps réguliers, comme eût fait quelqu’un comptant les pieds de vigne. C’était une femme. La clarté incertaine trompait sa marche et nous la voyions enfoncer tout à coup, ou culbuter contre une motte de terre. Elle disparut derrière un groupe de pêchers en plein vent. Nous fûmes très intrigués. Qui était cette femme?
C’était Mme Pacaud; je l’appris dès le matin par un mot du notaire, qui me mandait en même temps, en ma qualité de «mitoyen», que la vendange Quinqueton allait être vendue «debout» et la terre par autorité de justice.
—C’est fait! dis-je à ma femme; vous savez, la grande bête au clair de lune, l’Hypothèque?... Elle mange le pauvre monsieur!...
Au soleil du matin, je vis, par ma fenêtre, Mme Pacaud dans les vignes. Elle n’était déjà plus très jeune, il y a vingt ans; elle n’avait pas changé beaucoup; à la lorgnette, je la reconnaissais bien.
J’allai au-devant d’elle. Elle me prit pour le clerc du notaire. Je lui dis: