Ce fut tout ce que je sus de la famille Quinqueton avant de retourner, moi aussi, dans «mes propriétés du Saumurois».
La Gloriette se trouva aménagée au mois d’août, non pas d’une manière très confortable, car c’était une bien vieille bicoque, mais de manière à y jouir paisiblement d’un air pur et d’une vue large et simple; c’est le propre caractère du pays.
Les pièces étaient carrelées en briques, les cheminées étaient de taille à rôtir un veau à la broche, les solives apparentes et grossières, le plafond si élevé que des toiles d’araignées résistaient aux têtes de loup les mieux emmanchées. Mais nous avions de grandes fenêtres à meneaux avec des sculptures naïves et des nids d’hirondelles, des lucarnes hautes comme le toit, un toit haut comme la maison, et des girouettes imitant le sifflement du merle et le miaulement des chats dans la nuit.
Au pied d’une terrasse aux balustres noircis par les pluies séculaires, les toitures d’ardoises et les cheminées du village, pressées, cahotées, brinqueballant comme les coiffes de paysannes qui dégringolent un chemin creux, s’en allaient tomber dans la Loire. La Loire, splendide en sa paresse étalée, léchait de longs bonbons de sable rose entre les peupliers disproportionnés de ses deux rives, portant ici un bateau plat, plus spacieux que la place de l’Église, et là-bas un autre semblable, réduit aux dimensions d’un sabot. A droite, au loin, c’est la Vienne aimable, qui arrive de Chinon à travers les prairies, sous les saules; en face, la Vallée d’Anjou plane et feuillue, que l’été avancé couvre d’or; à gauche, les coteaux qui portent le vin.
Quelles journées! quels soirs délicats passés à respirer l’odeur des pêches d’espalier d’un verger situé au-dessous de notre terrasse, ou bien à regarder la lune tendre sa blanche lessive sur la Loire!
Une saveur paysanne se mêlait par instants à l’arôme des fruits mûrs, et aussi des bribes presque insaisissables de la fumée des fours où l’on cuit le pain.
Quand nous montions à nos chambres, nous n’étions pas las de regarder la calme campagne. Un moulin à vent aux ailes à demi déchirées, énorme insecte nocturne, semblait garder les vignes de M. Quinqueton. Nous nommions ce moulin, entre nous, «l’Hypothèque». Le terme barbare, l’étrangeté de l’objet et l’horreur de la chose signifiée nous rappelaient la situation équivoque de mon vieil ami de Vendôme. Comme un dragon ailé, «l’Hypothèque» se tenait immobile à l’entrée du trésor, mais frémissant au plus léger souffle; et quand ses longues antennes bougeaient, la lune étant basse, le compas de leur ombre au loin, entre les lignes rigides des échalas, avait l’ouverture d’un pas d’homme.
—Brrr! faisait ma femme à côté de moi.
—Quoi donc?
—Ce pauvre monsieur!...