—Prosper, il est temps que je te quitte. Puisque tu as été si sincère avec moi, dis-moi, mais là, sans ménagements, puis-je m’employer à chercher aux embarras de ta situation une solution pratique?
—Que tu es drôle! Mais, mes embarras sont tout momentanés! La solution pratique, elle est toute trouvée: c’est celle dont j’ai eu l’honneur de t’entretenir. Avant trois mois, le journal tirera à cent mille exemplaires, et tu seras remboursé du prêt que j’ai sollicité de ta complaisance... Que dis-je? remboursé au centuple! si tu veux bien abandonner un instant tes instincts de misonéisme et de provincialisme arriéré, et profiter de l’avantage tout amical que je t’offre de couvrir la première émission...
—Merci, encore une fois, Prosper; je ne manquerai pas d’y songer. Mais, dis-moi, ton père n’est pas engagé dans l’affaire du journal?
—Papa est un terrien: il ne croit qu’à la vigne et au blé. Mais je ne désespère pas de le convertir à l’évidence. Ah! il est clair que si j’apportais les capitaux ou seulement portion des capitaux de mon père; que si je t’amenais, toi, avec la part que tu es libre de te tailler dans le gâteau, ma situation au journal serait étayée d’autant!...
—Eh bien! adieu, Prosper.
—Adieu, mon vieux, et merci, en attendant!...
V
Prosper fut invité à venir à la maison, tout à son aise et sans cérémonie. Il ne vint jamais. Il m’écrivit qu’une affaire de la plus haute importance l’appelait précisément à Vendôme. Une autre fois, c’est un emploi qui l’enchaînait. En compensation, il m’envoyait la Revue qu’il dirigeait, «sous les auspices du plus haut patronage». Des noms pompeux s’étalaient en effet sur la couverture, sinon au sommaire. Et Prosper me faisait part, obligeamment, d’une innovation qu’il venait d’introduire: c’était d’adjoindre aux «membres fondateurs» une série de «membres bienfaiteurs» qui, moyennant un versement de cent francs, auraient droit à avoir leur nom inscrit en première page.