Je m’inclinai.

—Misère de Dieu! continua M. Quinqueton, j’ai eu la bouche amère quand il m’a fallu avouer au père de la jeune fille que mes propriétés du Saumurois ne pèseraient pas sur mes dispositions testamentaires le poids d’un de mes cheveux blancs... Entre nous, on peut confesser sa faiblesse: j’aurais eu moins de dépit à voir vendre, devant ma porte, ma paillasse et mon bois de lit.

On reconnaissait bien là le M. Quinqueton «faraud» qui n’avait pas remis le pied dans le Saumurois du jour où il eût été exposé à rencontrer un créancier.

—Notez, dit-il, qu’aucune parole n’avait encore été prononcée qui pût engager les deux familles: chacun a sa fierté... Oh! oh! c’est qu’il s’agit d’un contrat qui fera date dans l’étude du notaire! L’avenir glorieux de Prosper, voilà le coup de fouet que j’attendais pour oser la demande officielle. Eh bien! mon cher monsieur, vous ne croirez pas que c’est ma fausse position, précisément, qui nous a fait tomber la poire dans la main! Vous me direz que c’est donc qu’elle était mûre. Ah mais! c’est qu’elle aurait aussi bien pu blettir sur la branche.—«Sacrédié, mon cher Quinqueton,» m’a dit le père de la jeune fille... Faut-il vous le nommer? Non. Je préfère vous laisser la surprise de le voir entrer ici, car nous l’attendons. C’est un homme carré en affaires et qui n’y va pas par quatre chemins. «Mon cher Quinqueton,» m’a dit monsieur...—Ah! le bout de la langue me démange...—«voici cinq ans et trois mois, pas plus, pas moins, que je sais l’état de votre fortune et que vous vous endettez pour subvenir aux besoins de votre garnement de fils.» Il le savait, monsieur!... «Je n’attendais que votre confidence,» m’a dit monsieur... mettons monsieur X... «pour vous parler à cœur ouvert. Comment ai-je appris vos petites misères? Par ma police, donc! Et pourquoi est-ce que j’ai lancé ma police à vos trousses? Tiens! à cause de l’intérêt que je vous porte, sacrédié! et à cause d’un certain sentiment qui unit nos enfants.»—«Oh! oh! lui ai-je fait, c’est donc vrai, Potu, vous y pensez donc?»... Tant pis! le nom m’a échappé!—«Si j’y pense! et vous, vieux gredin?»—«Oh! moi... Mais mes vignobles...?»—«Je donne cinq cent mille francs à ma fille, c’est-il assez pour deux personnes?»—«Bonté du ciel!»—«Ne me remerciez pas,» me dit Potu, «ma fille n’est pas taillée pour épouser un marquis»... Attrape ça, Prosper! «D’ailleurs,» dit-il, «je suis moi-même plus autoritaire qu’un sultan, et je veux me payer un gendre qui me tienne dans le creux de la main.»

—Pour cela, dit Prosper, il y aura lieu de prendre un peu exactement mes mesures!

—Qu’est-ce que vous dites de tout cela? me demanda M. Quinqueton.

Je ne disais rien de tout cela.

—Oh! oh! fit Prosper, si vous croyez, papa, que Francis va s’emballer!...

M. Quinqueton reprit:

—Que Potu vienne pour la première fois faire allusion à un mariage entre nos enfants le jour où je lui annonce mon infortune, ça, c’est le fait d’un gentilhomme. Mais que ceci se produise dans la semaine même où Prosper nous arrive de Paris avec une situation qui lui permet de demander, pour la première fois et le front haut, la main d’une héritière, voilà ce que j’appelle une rencontre providentielle.