Mᵐᵉ Pacaud ouvrit la porte précipitamment et nous lança:

—Voilà M. Potu!

Elle avait la figure épanouie, arrondie en galette; elle avait du nom de M. Potu plein la bouche.

M. Quinqueton et son fils firent tous les deux, de la main, ce geste qui semble ouvrir de l’espace devant un personnage important. D’instinct, je les imitai. A nous trois, nous étions la foule qui s’écarte devant les pas d’un potentat.

La physionomie de M. Potu contrastait singulièrement avec celle que venait de m’évoquer le juge de paix; ou, du moins, si elle était d’un homme, à n’en pas douter, «carré en affaires,» c’était un de ses angles tranchants qu’il poussait brutalement dans le bel espace élargi devant lui par nos bras accueillants, par le retrait de nos corps, par nos bouches en cœur.

—Bonjour, Potu!

—Bonjour, monsieur Potu!

—Bonjour.

A sa façon de dire «bonjour», on connaissait que cet homme avait des chiens, qu’il montait à cheval et qu’il aimait, le matin, faire le tour de ses communs, la cravache à la main, en se fouettant les mollets. Je jugeai décent de me retirer. On me présenta; il ne me reconnut pas.

—Charmé, monsieur, dit-il. Vous n’êtes pas de trop. Je regrette de ne pouvoir dire sur la place publique ce que j’ai à dire.