—Vous voyez tout en noir!... Je m’en suis bien aperçue, dans le Saumurois. Un coup que je vous ai vu entrer ici, je me suis dit: «Tout va se gâter.»

—Oserai-je rappeler à votre bonne mémoire, madame Pacaud, les raisons qui décidèrent mon voyage à Vendôme, et qui ne sont pas de pur agrément?

—Je n’ai pas la malhonnêteté de vous reprocher d’être venu à Vendôme; mais n’empêche qu’avant que vous ayez été vous installer là-bas tout ras les propriétés de monsieur, on a vécu ici tranquille comme Baptiste...

—Eh! grand Dieu! insinueriez-vous, madame Pacaud, que j’ai le mauvais œil?

—Il y en a qui l’ont sans qu’on s’en doute.

J’allai prendre l’air dans le petit jardin. Presque rien n’y était changé. Le cours d’eau qui avait porté nos bateaux sortait de sa voûte obscure en brisant contre le grillage des brindilles de paille. Le poirier avait disparu, mais le banc de bois était là. Je m’y assis et regardai l’eau. Quel miroir pour trente ans écoulés!

«Seringapatam!...» J’entends encore Prosper époumoné, piétinant, transpirant, et hurlant ce nom sonore, tandis que Mᵐᵉ Pacaud vient lui éponger le front, tandis que son père, secrètement ébloui, descend le pas de son cabinet, et tandis que je suis à décharger prosaïquement mes bateaux au bout du jardin; et M. Quinqueton et Mᵐᵉ Pacaud vient lui éponger le front, tandis que son père, secrètement ébloui, descend la pas de son cabinet, et tandis que je suis à décharger prosaïquement mes bateaux au bout du jardin; et M. Quinqueton et Mᵐᵉ Pacaud ne croyaient-ils pas qu’effectivement Prosper revenait du bout du monde? Quant à Prosper lui-même, il n’en doutait pas, et sa fatigue, pour lui, égalait l’évidence. Serait-ce donc, par hasard, une force réelle que cette étrange faculté de produire indéfiniment l’illusion? Ah! cependant, M. Potu regimbait: M. Potu refusait de monter dans les petits bateaux pour Seringapatam!...

La porte du cabinet de M. Quinqueton fut ouverte et Prosper vint à moi. Je lui dis:

—Je prends une part bien amicale, crois-moi, au contretemps...

Prosper sourit, se contentant de hausser une épaule.