—Que vous est-il arrivé? un malheur?
—Pour ne point trahir la vérité, madame d’Oudart, il ne m’est rien arrivé, à moi—eh! bonnes gens! que voulez-vous donc qu’il arrive à une malheureuse de ma catégorie?—mais c’est rapport à Hilaire. Voilà... Mais j’ai si grand’peur de vous causer du désagrément!...
—Quoi? qu’y a-t-il encore? que lui manque-t-il?
—Il ne lui manque rien, sûr et certain: vous l’avez assez comblé de vos bontés, vous, madame, et aussi les bons Pères, on ne l’oublie pas...
—On ne l’oublie pas!... C’est bien le moins que vous puissiez faire!
—On ne l’oublie pas... laissez-moi m’expliquer, madame d’Oudart... Je veux seulement faire entendre que, quoi qu’il arrive, ça n’est pas la reconnaissance qui fera défaut de notre côté.
—Ah çà! Nathalie, où voulez-vous en venir?
—Eh bien! madame d’Oudart, puisque vous me tortillez comme un linge de lessive, pour m’extraire l’eau du corps, voilà: ça n’est pas dans les idées d’Hilaire d’entrer dans les ordres.
—Patatras!... Et il n’aurait pas pu nous en avertir plus tôt?
—Ç’aurait été bien difficile! songez donc! voilà un garçon qui court sur ses vingt ans: il n’a pour ainsi dire pas eu le temps de penser à l’avenir... A présent, voilà les bons Pères qui viennent lui dire le sort qui l’attend, et qu’il s’agit de quitter famille, pays, bienfaiteurs, et de s’en aller en Angleterre, à Cantorbéry, qu’ils appellent cet endroit-là, et pour quoi faire, ma chère dame? pour balayer, sauf votre respect, les cabinets, pendant trois ans, avec toute l’instruction qu’il a dans la tête...