—On avait fait ses calculs, n’ayez crainte! Dans notre petit monde, à nous, un homme et une femme sur la même bourse, c’est deux jumeaux dans la même mère, ça n’est pas plus cher à nourrir... Mais ce n’est pas la question, madame d’Oudart: j’ai eu peur!...

—Peur de quoi?

—De vous être désagréable.

—Comment ça, Nathalie?...

—On est délicat ou bien on ne l’est pas. Vous m’auriez eu là-bas, comme on dit, à vos trousses...

—Mais...

—Pardi! je connais bien votre bon cœur: depuis que ma mère m’a mise au monde, que ça soit vous, que ça soit les vôtres, vous n’avez pas cessé de nous combler de vos bienfaits. Vous n’avez pas fait ça pour nous abandonner à moitié route, c’est bien clair! autrement, le bon Dieu ne serait plus le bon Dieu... Laissez-moi causer, ma chère dame! Je disais donc que vous auriez encore fait pour nous bien des sacrifices. Eh bien! moi, madame d’Oudart, non, je ne veux pas. Je ne le veux pas!

Madame d’Oudart, rassurée, ne se pardonnait pas d’avoir porté contre sa protégée un jugement téméraire; elle s’en fût presque excusée; elle souhaitait, intimement, qu’une occasion s’offrit de réparer ses torts. Madame Lepoiroux continuait:

—Me voyez-vous à Paris, fagotée comme je le suis, et logée, qui sait? peut-être bien à côté de vous: je ne vous aurais pas fait honneur... Non, non, ne dites pas le contraire: madame d’Oudart, je ne vous aurais pas fait honneur. «Et la mère Lepoiroux» par-ci, «et la mère Lepoiroux» par-là!... je vois la chose aussi bien que si j’y étais... Rassurez-vous: ça ne sera point.

—Mais, ma bonne Nathalie...