—Ah çà! demandait madame d’Oudart, votre mère n’est pas fâchée avec nous?...
—Fâchée avec vous!...
Mais madame Beaubrun parlait des Saint-Évertèbre, que, par un singulier hasard, les Dieulafait d’Oudart n’avaient jamais rencontrés rue de Varenne: les Chef-Boutonne voyaient les Saint-Évertèbre; ils les avaient maintes fois à leur table; ils les cachaient à leurs amis de la rue Férou. Mieux que cela, les Saint-Évertèbre introduisaient leur clientèle, et madame Beaubrun n’avait à la bouche que le nom d’une certaine petite veuve nommée madame Soulice, qui avait «beaucoup de piquant» et qu’on eût soupçonnée d’être du dernier bien avec M. de Saint-Évertèbre, si l’on n’eût su qu’une particularité garantissait la pauvre femme contre toute entreprise galante: un odieux correspondant anonyme la suivait ou la faisait suivre en tout lieu, et, à la plus innocente ébauche de liaison, fût-ce dans la maison la plus honorable, bombardait maison et alentours de lettres non pas calomnieuses, mais retraçant avec une précision de détails microscopique les circonstances, jusqu’aux plus ténues, de la liaison débutante. De la sorte, on était averti que l’on n’approchait madame Soulice que sous l’implacable regard d’un œil mystérieux.
—Eh bien! disait madame Dieulafait d’Oudart, voilà une petite dame à qui je ne donnerais pas le bon Dieu sans confession!
—Pourquoi?... C’est une persécutée, une malheureuse... Et comment faillirait-elle, surveillée comme elle l’est?...
—Je ne m’y fie pas... Et, tenez! gageons que votre mère n’est pas fière de nous la montrer...
—Oh! croyez-vous?...
—Dame! mon enfant, écoutez: pourquoi, à la fin, nous tient-elle à l’écart?
Madame Beaubrun se leva soudain, et tout en riant:
—Ma mère?... elle est jalouse!...