—Caporal.
—Ah?... voici.
Et, au salon, parmi les mères, madame Chef-Boutonne incomplètement initiée, malgré tout, à ces mœurs, souhaitait intimement d’être bientôt rassurée quant à leurs limites extrêmes. Madame Dieulafait d’Oudart pensait que cette jeune fille allait tout à l’heure se compromettre avec quelqu’un; que ce fût avec Alex, voilà qui ne l’étonnerait guère!... Si elle n’osait espérer que le choc eût lieu, du moins se plaisait-elle à en accepter l’occurrence: péché d’amour maternel, cruel et doux!—Voilà la pointe de malignité qu’avait eue la mère du séduisant Alex en se faisant inviter chez son amie en même temps que les Saint-Évertèbre.
Mais la plus calme était madame de Saint-Évertèbre, familiarisée avec l’usage de la liberté, et qui savait que sa fille n’était pas de ces petites niaises qui s’abandonnent à un élan du cœur ou des sens, et qu’elle en avait connu, des jeunes gens, de beaux, de laids, et de toutes les parties du monde, et que si elle se compromettait jamais, ce ne serait qu’à bon escient. De toutes les jeunes filles qui fréquentaient la maison, mademoiselle de Saint-Évertèbre était peut-être la plus assurée de ne pas perdre la tête.
Alex s’en aperçut bien, lui pour qui, d’ordinaire, jeunes filles et femmes se relâchaient si aisément, et il dit à sa mère, en revenant rue Férou, que la demoiselle, caquetant et coquetant avec tous, n’avait laissé entendre à personne qu’elle fût en goût de flirter. Par quoi madame d’Oudart connut que sa pointe était demeurée inoffensive.
Mais on comprit, rue Férou, pourquoi les Chef-Boutonne avaient montré peu d’empressement à présenter leur future famille: c’est que madame Dieulafait d’Oudart n’était pas de celles qui en dussent être éblouies. En fait, on évita, après comme avant le dîner, de parler des Saint-Évertèbre. Madame d’Oudart s’en prévalut.
Elle conservait, elle, pour son fils, l’avantage de l’espérance imprécise, illimitée. N’était-ce point elle qui triomphait?
L’hiver s’acheva pour madame d’Oudart dans les conditions les meilleures. Le printemps ne lui fut pas moins propice; puis vint l’été.
XXX
Alors on vit, dans le Jardin du Luxembourg, une dame d’un certain âge, assise au pied du socle de Berthe ou Bertrade, reine de France. Elle brodait un ouvrage insignifiant tendu sur un petit tambour. Non loin d’elle, des enfants fouettaient le «sabot», fouettaient leurs jambes nues, fouettaient les chevilles des passants; et le lourd gravier mêlé de poussière frappait à mitraille tous leurs environs, sous l’œil placide et indulgent des familles. La dame assise au pied du socle de Berthe souffrait volontiers cet inconvénient; elle abritait ses bottines sous ses jupes, elle ramenait ses jupes sous sa chaise, et souriait parfois à la marmaille et aux jeunes femmes, de l’air entendu, un peu supérieur, de qui a établi depuis longtemps la balance des peines et des joies d’être mère.