Pour s'occuper, le Prince improvisait des récits et des chants d'une couleur assombrie et d'un ton larmoyant. Et, chose curieuse, ces fictions, même désolées, produisaient dans le peuple un contentement non moindre que celui qu'avaient semé les vigoureux chants épiques d'autrefois. Chose plus étrange encore, le Prince ne trouvait quelque apaisement qu'à s'entendre répéter, sur un mode lamentable, les plus désespérés d'entre eux. Et, pour ces chants-là, tout de même que pour les précédents, il les écoutait comme s'il les eût ignorés complètement, et il les commentait de la même façon que s'ils n'eussent pas été de lui.

Parlant, qui avait remarqué de longtemps ce phénomène, et était devenu un chien très avisé, disait:

«Le pêcher ne reconnaît pas ses fruits: ils tombent au pied du tronc, y pourrissent, et servent d'aliment à la racine pour la pousse du printemps nouveau…»

Mais le Prince lui-même commençait à le traiter de vieux chien un peu raseur.

Cependant Parlant dit un jour:

—Prince, il n'est bruit dans tout le royaume que d'une fontaine qui rend la jeunesse aux vieillards, la beauté aux disgraciés, et une taille droite et élancée aux bossus!

—Allons donc! fit le Prince.

—Prince, il n'est pas un des sujets de votre auguste père qui ne tienne le fait pour certain.

—Il n'est donc pas un des sujets de mon père qui soit, à l'heure qu'il est, vieux, décrépit et mal tourné?

—Prince, c'est que tous n'ont pas le moyen d'aller à la fontaine!