—Ah! Et comment pas un d'eux ne m'a-t-il informé des vertus de cette eau?
—Prince, les petits sont timides parfois devant les grands; ajoutez qu'ils vous aiment, vous trouvent parfaitement à leur goût et ne croient pas que l'aventure ait intérêt pour vous…
—Et toi, tu ne m'aimes donc pas? Tu ne me trouves pas à ta convenance?
—Moi, si fait! Prince, mais…
—Mais… mais… Je ne me soucie de l'opinion de personne, sache-le bien!
—Voire… dit Parlant, en balayant le sol de la queue, comme une coquette, d'un tour de reins, fait virevolter la traîne de sa robe.
—Oh! je ne veux pas te contrarier, dit le Prince. Je crois discerner, à tes façons, que tu as envie de faire un voyage… Parbleu! c'est cela… Tu veux aller boire de l'eau fraîche à cette fontaine dont on ne cesse de te vanter le goût: tu deviens si friand des bonnes choses! Allons, partons! Mais c'est bien pour te plaire… Connais-tu le chemin, au moins?
* * * * *
Parlant connaissait admirablement le chemin. Il conduisit son maître à la fontaine sans l'égarer une seule fois. Et le trajet parut court, parce que Parlant avait mis l'entretien sur le sujet de la Princesse Alice. Il en avait tellement exalté les vertus à tous que la cour du Prince Bel-Avenir la tenait pour la merveille des Princesses. Il n'y avait que le Prince Bel-Avenir qui pût dire d'elle de temps en temps: «C'est une sotte! C'est une petite cruche!»
N'empêche qu'il demeurait songeur, tout en niant les vertus de la Princesse Alice comme celles de la fontaine où il allait, et il n'était pas fâché que l'entretien fût remis sur la Princesse Alice; et il ne manquait pas non plus d'être fort ému en approchant de la fontaine.