Sabine dit, simplement:
—Je viens de rencontrer monsieur de Vérancourt. Nous ne nous sommes pas mangés.
Tout le monde rit. On était enchanté qu'elle parlât de Vérancourt, et avec une pareille désinvolture. Personne n'eût osé, devant elle, aborder le sujet, bien que chacun en grillât d'envie.
—Bravo! s'écria madame Bertin; j'aime à voir que vous ne vous troublez pas à propos de ce personnage.
—Ah! les hommes! dit le maître de la maison, ils sont magnifiques à la guerre, oui, certes; mais regardés à la loupe, un à un, quels vauriens!…
—A qui le dites-vous! soupira Sabine.
Elle avait eu beaucoup à souffrir d'un mari de qui elle était séparée par le divorce; puis elle s'était aveuglément confiée à M. de Vérancourt, croyant trouver en lui l'homme rêvé.
On essaya de détourner la conversation, qui menaçait de devenir dangereuse; mais l'occasion inespérée de pouvoir parler, enfin, de Vérancourt, avec sa principale victime, ramenait, malgré toute opposition, le nom de l'homme qu'avait aimé Sabine.
—J'ai eu un pressentiment, dit une des quelques personnes retenues à dîner, tout le temps que monsieur de Vérancourt a été là, que Sabine entrerait… A chaque coup de sonnette je tremblais…
—Eh bien! je vous affirme, dit Sabine, que moi, je n'ai pas tremblé en le trouvant sur le palier! Quelqu'un m'eût annoncé, dans l'escalier, que monsieur de Vérancourt était à l'étage au-dessus, que je ne fusse pas redescendue d'une marche…