Et, en effet, le soldat Brochut reçut trois balles, dont une au ventre, en mettant le pied dans la tranchée boche que sa section dut nettoyer avant de pouvoir s'occuper de lui.

Les trois copains étaient debout, l'un d'eux égratigné à peine. Ils virent Brochut s'affaisser, sur un matelas de grands corps gris dont la face était plaquée dans la terre, et leur joie d'avoir pris la tranchée fut gâtée. Brochut, qui tournait de l'œil, les sentant penchés au-dessus, de lui avec leurs voix amicales, eut encore la force de dire:

—C'est l'pauv' p'tiot!…

Son doigt tremblant désignait la poche où étaient ses papiers. Et avec une préoccupation paternelle, il quitta cette vallée de misère.

Il fallut subir et repousser la contre-attaque, s'organiser de nouveau; après quoi, Pilard, Sauvage et Janvier allèrent à la recherche du corps de Brochut.

Tous les trois, célibataires, avaient eu spontanément la même idée; et chacun d'eux confiait aux autres: «Moi, j'sais bien ce qui me reste à faire…»

A quoi chacun des autres répondait: «Qué que t'as à faire, toi, gros malin?»

Ils atteignirent l'officier qui avait déjà entre les mains les papiers enlevés à la poche des morts:

—C'est rapport à Brochut, mon lieutenant… une photo, avec adresse de la personne au dos, et pis tout…

—I' nous avait donné ses instructions avant l'attaque, dit Pilard.