Là-dessus la maman sursaute et, sous un prétexte quelconque, vole vers le terrain du tennis. La partie bat son plein. Les partenaires ont une activité sereine et sérieuse; on n'entend, dans un camp comme dans l'autre, que les termes consacrés, indispensables.

Cependant la grand'mère a gagné une agitation nerveuse que ne combattra pas la douche d'aujourd'hui. Et, dès le soir même, elle se met à chapitrer Edith:

—Il faut te surveiller, ma chère enfant! On remarque que tu joues beaucoup avec ce Monsieur. Le connais-tu? Sais-tu qui il est? Il paraît qu'il a fait le désespoir de plusieurs familles, c'est un garçon sans principes, un coureur…

—Mais, grand'mère, nous jouons: que veux-tu que je sache d'autre? Avec ça, nous sommes lui et moi les deux plus forts, nous ne sommes jamais ensemble; nous n'avons pas échangé trois paroles…

—Il faut prendre garde. Ces personnages-là ont une façon de s'insinuer qu'une jeune fille comme toi ne peut soupçonner… Un don Juan! affirme-t-on. Un don Juan: une figure en boule d'escalier et qui n'a seulement pas un brin de poil sur la lèvre!… De mon temps on eût ri de lui… Comment le trouves-tu, voyons, Edith, toi qui as du bon sens?

—Mais, grand'mère, ni bien ni mal; je n'ai jamais fait attention à sa figure, je suis bien trop occupée de sa raquette!… Il a un service foudroyant!… Je me donne un mal!… N'empêche qu'il ne nous a battus que de deux jeux!…

—C'est bon, c'est bon! Enfin, demain, ma petite, tu me feras le plaisir d'envoyer dire que tu vas aussi toi en excursion et que tu ne peux pas jouer au tennis.

—Demain, ça se trouve bien, il va déjeuner au Planet.

—Eh bien, tant mieux: tu te montreras avec ta mère et moi à la musique, et l'on ne te croira pas subjuguée par ce Monsieur.

Edith n'avait pas un seul instant songé à être subjuguée par «ce Monsieur». Mais elle pensa à «ce Monsieur» toute la soirée, et le lendemain, surtout l'après-midi: à la musique, autour de la petite charmille circulaire qui cache le quatuor d'instruments à cordes, et où l'on ne cessa de dire pis que pendre de «ce Monsieur», afin de prévenir définitivement contre lui la jeune fille.