—Tâche au moins de lui conserver ce nom de Turpin, et ne viens pas, dans huit jours, me dire que Tartempion te convoite en justes noces. Ça vous donne toujours un petit coup.

—Au fond, qu'est-ce que ça peut te faire, puisque tu sais que je suis amoureuse?

—Tu dis ça gentiment, Isabelle, avec conviction, ma foi! et avec autant de plaisir que… que j'en éprouve à l'entendre, moi.

—Je dis ça tout bêtement, comme on aime; je dis ça avec le plaisir que j'éprouve à aimer, comme tu dis, toi, que ton plus grand plaisir est de m'entendre dire toute la vérité…

—Oui, ma chère Isabelle! Oh! répète-moi cela; c'est comme une pluie d'été bienfaisante, une douche tiède… Et tu sais: on ne met jamais assez de précision à dire ce que l'on pense fortement, tout ce que l'on pense. Et on aime à réentendre aine chose si douce. Tu es amoureuse.—Dieu! que ce mot est joli!—Tu es amoureuse, Isabelle! et dites le nom de la personne, ma petite amie chérie?… Allons! de qui est-on amoureuse?

—Mais, de mon cousin Jean-Claude, parbleu!

—Ha! ha! ha! ha!… tu es vraiment la plus amusante des femmes! Adieu, tiens. C'est vraiment dommage d'être obligé de se séparer de toi ce soir. Mais demain, Isabelle, tu me réserves ta soirée, ta soirée tout entière… et même un peu plus?…

Le lendemain soir, Albert attendit vainement Isabelle; et il l'attendit la soirée entière, et même un peu plus. Elle apparut deux jours après:

—Me diras-tu ce qui s'est passé, Isabelle?

—Comment! ce qui s'est passé? Mais je ne te cache rien, tu le sais: Jean-Claude en était à la fin de sa permission; il repartait pour le front, le malheureux. Ah! qui sait si je le reverrai jamais!