—Je suis un cochon! disait, effondré dans un coin, Pierron; ce que je viens de faire est d'un sale monsieur!…

—Eh bien, mon ami, je vous remercie; vous en avez de flatteuses, au moins, vous!…

Il se confondit en excuses; il n'était plus maître ni de ses expressions ni de ses actes. Il balbutiait: «Mais je vous adore! mais je suis fou de vous, vous le voyez bien!» Seulement il pensait à son amitié avec Hubertin, et il n'osait même pas le dire à une femme qui n'y pensait pas.

Il était homme, parbleu, et soumis comme tout homme au terrible attrait d'une telle chair; mais il était un homme aussi, et en tant qu'homme soumis à cet autre ascendant, si fort, d'une certaine propreté morale. Il était enivré et dégoûté.

—Ah! dit Laure, vous êtes bien tous les mêmes avec vos idées qui vous empoisonnent l'existence!… Il ne faut pas être si compliqué… Eh bien, voyons, voulez-vous descendre pour me permettre d'en faire autant?

—Non, dit Pierron, qui voulait absolument remettre de l'ordre dans son esprit. Non, écoutez-moi, mon amie; vous voyez devant vous un homme qui n'a jamais été épris d'une femme comme il l'est de vous, Laure.

—Bon. C'est déjà plus gentil. Mais je suis pressée; laissez-moi descendre.

—Non. Un mot encore: je veux que vous me croyiez. Je vous aime, je vous aime, Laure, à m'en sentir craquer la cervelle, mais… nom de nom d'un nom! vous ne comprendrez jamais ça… je ne suis pas capable de commettre une malhonnêteté…

—Merci!… Eh bien, et moi, vous supposez sans doute que je vais… avec vous… comme ça… de but en blanc?… Allons, grand serin, laissez-moi descendre.

Il descendit et lui soutint la main, qu'il baisa, cérémonieusement, à la portière.