—Es-tu bien? dis-je à Antoinette.

—Pas très bien, me dit-elle, parce que j'ai marché dans du je ne sais quoi…

—Ah! dame! fis-je d'un ton résigné à en endurer de toutes sortes pour assister à de graves événements.

Et je grimpai sur les branches d'un vieil arbre mort, étouffé par les lilas.

Une chose qui nous étonna plus que ce qui s'était passé déjà, fut de voir apparaître par la porte de la cuisine, la tante Planté avec le père d'Antoinette, et le frère de celui-ci, que l'on appelait l'oncle Paul. Ils ne pouvaient pas être informés de ce qui se passait à la porte jaune, puisque Fridolin, après nous avoir quittés, était retourné directement vers les deux hommes et leur charrette. A cette heure-ci, aussi, le père d'Antoinette faisait toujours la sieste; comment était-il là, debout, par une chaleur pareille, et venant, pour ainsi dire, au-devant de deux paysans inconnus et d'une charrette?… Il est vrai que tout le monde, au déjeuner, avait été si nerveux! et les jours précédents, donc, c'est-à-dire depuis que l'oncle Jean était arrivé à la maison!… Mais toutes les fois que l'oncle Jean venait à la maison, c'étaient les mêmes histoires. Entre l'oncle Jean et ses deux frères, et toute la famille d'ailleurs, ça ne marchait pas, c'était évident. Mais il était pourtant parti la veille au soir, l'oncle Jean…

Antoinette me dit:

—Henri, as-tu remarqué que la tante Planté a demandé hier soir à Fridolin: «Il est bien parti, au moins?…» Fridolin a répondu: «Au trot de ma jument, je sommes arrivés en gare un quart d'heure avant le train.»

—Oui. Eh bien?

—Eh bien, pour moi, la tante avait peur qu'il ne parte pas… Et pourquoi a-t-elle dit «il» et non pas «monsieur Jean» comme on l'appelle, d'ordinaire?…

—Est-ce que je sais, moi? Tais-toi donc. Voilà toute la famille à présent qui débouche de la cuisine. Ils en ont des têtes!