Mais, dix minutes après, nous dormions comme si rien ne se fût passé.

Le lendemain, on ne nous éveilla pas. Il était certainement plus de midi lorsque la Boscotte entra dans notre chambre; et nous remarquâmes tout de suite que le lit de grand'mère n'était pas défait, ce qui nous rappela la grande perturbation de toutes choses. La Boscotte avait la bouche cousue; on lui avait sans doute si bien défendu de nous parler de l'événement, qu'elle s'obligeait à ne pas souffler mot, de peur qu'en ayant prononcé un, tout le reste ne s'échappât. On entendait par toute la maison les portes et les fenêtres claquer comme s'il y eût eu quarante personnes et un branle-bas extraordinaire. La Boscotte consentit à nous affirmer qu'il n'y avait pas une âme à la maison, hormis la cuisinière qui était restée seule avec elle, et Valentine Pidoux, à la métairie.

—Alors, qu'est-ce qui fait claquer les portes?

—C'est le vent… Madame a ordonné d'ouvrir tout.

Antoinette vint me dire à l'oreille:

—C'est pour l'odeur du caramel… La tante veut qu'elle soit partie quand tout le monde rentrera.

—Rentrera d'où?

Elle haussa une épaule en essuyant sa petite frimousse blonde qu'elle venait d'éponger.

Quand nous descendîmes, nous vîmes en effet toutes les portes et toutes les fenêtres ouvertes; il faisait beaucoup moins chaud que la veille; un orage avait dû éclater pendant la nuit, et un grand courant d'air, balayant tout, fermait soudain violemment une porte mal calée. La Boscotte, trottinant de-ci de-là, roulait des fauteuils et poussait des meubles contre les battants agités. Et elle avait dit vrai: la maison était complètement vide.

Nous errions, Antoinette et moi, dans le corridor et dans les pièces, incertains si nous devions être offusqués ou fiers que l'on nous eût laissés là, seuls avec la Boscotte et la cuisinière; Antoinette me dit: