Il ajouta, en se radoucissant:
—Mais, attendu qu'il y a dix-huit ans que cette femme est à mon service, attendu l'importance qu'on accorde dans les petits pays aux moindres choses qui ont eu un peu de durée, à cette séparation je mettrai des formes. Je ne veux pas m'exposer à ce que l'on m'accuse d'ingratitude!...
—Je comprends... Mais il faut vraiment que tu en aies d'elle jusque-là, pour assumer la charge de lui payer une rente en te privant de services si précieux!
Narcisse n'eut pas l'air, lui, de très bien me comprendre:
—Une rente, une rente, dit-il, là n'est pas la question. Mariette, d'abord, est une sentimentale. Nous sommes tous des sentimentaux. Je t'ai parlé d'une petite fête; cela signifie que je ne vais pas, parbleu! jeter cette femme à la porte comme un chien.
—Alors? fis-je, anxieux de ce qu'il allait trouver pour pallier la difficulté.
—Alors... Alors, voilà... Je réunis après-demain mon député, mon adjoint et quasiment tout mon conseil municipal, à déjeuner. Tu seras là. Et, si tu trouves que Mariette est bonne cuisinière, tu me diras ce que tu penses, d'autre part, d'un petit plat de ma façon.
Il y avait là de quoi m'intriguer, d'autant plus que je sentais une réelle animosité entre le maître et la servante. Hors de moi, cela va sans dire, tout soupçon que Narcisse, qui est un galant homme, pût profiter de la présence chez lui de quelques autorités locales pour jouer quelque tour à une respectable vieille femme!
Mais, que me promettait-il donc comme régal, à ce déjeuner impatiemment attendu?
A ce déjeuner rien d'insolite.