Le député, l'adjoint, les conseillers municipaux furent exactement ce que je pouvais présumer d'eux, et le dernier repas confectionné par Mariette ne comporta pas non plus de surprise: il était délicieux.

Mais, au dessert, mon cousin Narcisse se leva.

Il allait parler. Paroles de candidat.

Je m'apprêtais à contenir de mon mieux mon air indifférent, sinon mes bâillements.

Il parla. Il était sans notes, sans papiers d'aucune sorte, et cependant il se campait—c'était visible pour tout le monde—pour en dire long.

A l'étonnement général, point d'allusions politiques.

A peine un mot flatteur au représentant, une ou deux épithètes amènes aux conseillers, les électeurs de demain! Non: une harangue privée, toute familiale, et qui commença à nous gagner par une description, en vérité fort pittoresque, de la table autour de laquelle se réunissent de sympathiques convives, de la cuisine française, des mets anciens et savoureux dont les Parisiens se désaccoutument—ceci était à mon adresse—enfin «du mérite, trop souvent méconnu, de ces femmes, humbles Vestales, dont la mission est d'entretenir la flamme indispensable, fées de l'habitation, que l'on voit paraître à peine, dissimulées, auréolées, pourrait-on dire, par le nuage odoriférant qui s'élève au-dessus du potage, du civet de lièvre ou de la fricassée de poulet...»

On souriait. D'agréables images se balançaient aux yeux des convives. On revoyait et le présent repas, et d'autres, et de ces mémorables agapes qui consolent, un moment, de bien des petites misères, et sont des points de repère dans la vie.

Tout à coup, la voix de Narcisse s'orna d'un trémolo, registre soudainement tiré, et qui, d'emblée, suscita l'attendrissement.

Alors, des lèvres chevrotantes de Narcisse on entendit des mots de cette espèce: «les innocents plaisirs du home...», «la contagieuse vertu de la paix chez soi», «le chant de la bouillotte au coin de l'âtre...», «l'ordre, l'économie du ménage, etc.». C'était un tableau d'intérieur très joliment brossé. Chacun se trouvait flatté dans son goût le plus intime et le plus naturel.