Dès cette entrevue, nous étions autorisés à dire à Henriette: «Eh bien, ma pauvre amie, embrassez-nous, car nous en avons toutes les preuves, nous, que votre mari vous a trompée, et qu'il vous trompe, et il ne tiendra qu'à vous de le faire prendre en flagrant délit quand il vous plaira.» Nous ne lui avons pas dit cela. Ce n'est que bien plus tard, et quand le courroux de la jeune femme contre son mari se fut affermi, à nos yeux du moins, car on le sentait déjà vraiment établi chez elle, et tenace, ce ne fut qu'après des jours et des jours d'entretiens cœur à cœur avec elle, et pendant lesquels nous dûmes ressasser ensemble toutes les vilenies de Terrestre; elle, nous en apprenant de nouvelles chaque fois; nous, ma foi, lui contant par le menu tout ce qu'elle avait ignoré; enfin, ce ne fut qu'après avoir acquis la certitude qu'entre cette femme et son mari, tous liens étaient à jamais brisés et irréparables, que nous lâchâmes enfin la révélation qui lui apportait la délivrance tant souhaitée. Nous fîmes cela d'une façon presque joyeuse, en ayant l'air de chanter victoire.
—Henriette! ma chère Henriette, soyez tranquillisée, soyez contente, nous avons toutes les preuves en main...
—Les preuves de quoi? nous demande-t-elle, effarée.
—Mais qu'il vous a trompée, qu'il vous trompe et que vous serez libre demain!...
Elle s'assied, d'abord; elle semble n'avoir pas très bien compris; elle se passe la main sur les yeux; enfin, elle dit:
—Parlez... parlez!... racontez-moi ce que vous savez...
Nous racontons ce que nous savons et qui, d'ailleurs, est de notoriété publique. Nous nommons la personne, nous indiquons les théâtres, les restaurants où Terrestre s'affiche avec sa maîtresse, nous lui nommons celle qu'il avait avant la présente:
—Comment! comment! Henriette, il ne s'est pas trouvé quelqu'un pour vous dénoncer le coupable?...
—Si, si,—dit-elle, haletante, à demi suffoquée,—on m'a dit... on m'a dit... mais, vous allez me trouver trop bête, sans doute, je n'ai jamais pu croire... Si vous saviez!... Non, j'avais de bonnes raisons de ne pas croire... Je n'ai jamais cru cette chose...
Et la voilà en pleurs, comme le jour où elle avait appris tout le reste. Mais cette fois, ce fut pis, elle perdit bel et bien connaissance; nous dûmes envoyer chercher un médecin; nous eûmes une peur du diable! Je disais à Marthe: