Et, sans reprendre souffle, elle se met à nous en conter sur les traitements à elle infligés par Terrestre. Nous n'ignorions de lui que sa vie domestique, car Henriette nous avait toujours laissé entendre qu'elle était très unie à son mari. Elle nous en dit, elle nous en dit! nous ne le lui demandions certes pas...

Elle en vient à faire allusion à notre mauvaise humeur de jadis, avant le mariage; à nous prendre les mains, à nous confesser: «Mes bons amis, mes bons amis! c'est vous qui aviez raison, allez!...» Et elle répète: «Enfin, enfin, vous voyez bien que cela ne pouvait pas durer!...» Nous la couvrons de tendresses, Marthe pleure avec son ancienne amie, nous sommes franchement émus de la situation de la malheureuse. Henriette ajoute:

—Voilà plus de dix-huit mois que je cherche un motif de divorce... avouable... Je ne tiens pas à faire scandale, vous comprenez... Eh bien, après ce que je viens d'apprendre aujourd'hui, il me semble que cela va aller comme sur des roulettes... La loi ne peut pas m'obliger à demeurer la femme d'un malhonnête homme!

Là-dessus, nous causons des motifs de divorce. Celui qu'elle prétend tirer de l'affaire en cours me paraît vague, indélicat, peut-être même indécent. Mais elle ne supporte pas une hésitation, elle s'écrie:

—J'en trouverai un! Il m'en faut un! Ma décision là-dessus est irrévocable. D'ailleurs, en sortant de chez vous, je cours chez mon avoué...

Témoin d'un dessein si fermement arrêté, j'essaie de venir en aide à la pauvre femme:

—Le meilleur des motifs, Henriette, c'est, en somme, l'adultère constaté...

Elle sourit presque, non sans une pointe de fatuité, et dit:

—Ça, non!... Ça, c'est une chose que je ne peux pas lui reprocher. Ah! si seulement il avait fait ça!... Ah! si quelqu'un pouvait me prouver qu'il a fait ça, à celui-là, je lui sauterais au cou: il m'aurait rendu un fier service!...