Quand Mariette eut à peu près recouvré ses sens, elle s'en alla à la cuisine en bredouillant:
«Tout de même, c'était donc vrai que Monsieur était si bon!...»
[NOUS SOMMES FACHÉS AVEC HENRIETTE]
A Julien Ochsé.
Voici comment nous nous sommes fâchés avec Henriette:
Elle tombe à la maison, un beau jour, en s'écriant: «Ah! ma chère Marthe! ah! mes bons amis, j'en apprends de belles!...»
Et aussitôt la voilà tout en larmes, et puis secouée par les sanglots pendant dix bonnes minutes. Ce qu'elle avait appris, nous nous en doutions: les journaux étaient pleins de l'affaire de son mari. Parbleu! nous savions, nous, depuis longtemps, de quoi il retournait au journal dirigé par Étienne Terrestre. Ce n'était plus seulement sous le manteau que depuis des mois on se passait les nouvelles, mais il en était question jusque dans les couloirs de la Chambre, et le Parquet allait agir. Pour personne il ne faisait doute que Terrestre fût une «pure fripouille». C'est pour nous en être aperçus, à nos dépens, que nous avions rompu avec lui avant qu'il épousât Henriette, et c'est pour la même raison que nous nous étions mis en quatre afin d'empêcher ce mariage; mais Henriette était toquée d'Étienne Terrestre; cela répond à tout. Elle nous avait toujours gardé rancune de notre opposition, et nos relations avec elle s'étaient refroidies, nos entrevues espacées; nous ne la voyions, bien entendu, que sans son cher mari.
A notre grande surprise, elle ne prend pas la peine de défendre celui qu'on accuse de toutes parts, et même, après un temps de pose, après des pleurs nouveaux, des sanglots encore, elle nous jette cet aveu:
—Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mes bons amis, je suis contente... Oui, je suis contente de ce qui arrive... Il fallait en finir, lui et moi; ça ne pouvait pas durer quinze jours de plus!...