»Ardeurs légitimes ou non, voilà un brasier qu'il n'est guère prudent d'entretenir dans une maison comme il faut. J'ai voulu renvoyer ma sécularisée à Cambrai, dont le climat, plus froid, lui eût été favorable; bernique! Elle a prétexté, pour rester à Paris, qu'elle n'oserait jamais reparaître là-bas avec des cheveux demi-longs. Je l'ai adressée à mon curé, qui a bien voulu en prendre la responsabilité.

—Et votre curé, qu'en a-t-il fait?

—Il l'a mariée rapidement, avec un garçon qui allait s'établir en Indo-Chine. Ce n'était pas une mauvaise fille; elle a pour monsieur le curé, qui lui a rendu ce service, une reconnaissance touchante; elle lui écrit tous les mois; dernièrement elle lui annonçait qu'elle attendait un bébé. Elle ajoutait naïvement: «Ça commence à ne plus y paraître que j'ai été religieuse...»

—Je vous crois!... si elle est grosse!...

—Oh! ce n'est pas cela qu'elle veut dire; elle est dépourvue de malice; cela la démange de faire savoir, même à monsieur le curé, que ses cheveux s'allongent!

»Avec tout cela, moi, me voilà une fois de plus sans femme de chambre. Par bonheur, j'avais encore, dans ce temps-là, le fidèle Georges; vous n'imaginez pas ce que cet homme était serviable et industrieux; du service d'une femme de chambre, il n'y a que deux choses que je n'osais lui demander: coudre et m'habiller. Je ne ris pas: je crois qu'il l'eût fait.

—Ah ça! racontez-nous comment vous avez pu vous séparer de ce Georges.

—Une minute, s'il vous plaît! Je n'en ai pas fini avec mes mésaventures. Mon mari m'ayant signifié qu'il s'opposait à tout envoi des béguinages cambraisiens, je me mets en quête à Paris même. De quatre points différents on me fait un éloge assourdissant d'une certaine madame Pâtard, veuve, cinquante et un ans, munie des plus brillants certificats; un seul défaut: elle est un peu chère. Je n'hésite pas; j'aurais doublé les gages pour avoir la certitude de n'être plus servie par une créature. En voyant madame Pâtard, je fus bien tranquillisée sur ce chapitre; elle ressemblait beaucoup plus à un gendarme retraité qu'à une femme qui eût jamais, même en sa jeunesse, possédé le moindre trait d'une courtisane. Eh bien, écoutez-moi; vous m'en croirez si vous voulez, mesdames: durant le service de madame Pâtard, mon appartement fut un lieu public, un bouge, le déshonneur de la maison et du quartier. Oh! celle-ci n'avait pas le défaut de Caroline; elle ne découchait pas, non! mais tout le domestique mâle, à cent mètres à la ronde,—m'affirma Georges, outré du scandale,—coucha chez moi. J'en eus la confirmation et le récit détaillé par la concierge, à qui je dis:

«—Madame Pâtard reçoit quelqu'un la nuit?

»—Oh! Madame est certainement dans l'erreur; comment donc que, par le carreau de la loge, un étranger m'échapperait?