—Allons, maman, du courage, adieu!

—Mon enfant! mon cher enfant!...

Puis il s'éloigna vite. Elle l'accompagna du regard au milieu de la cohue, et elle vit la jeune femme, contre le bureau d'enregistrement des bagages, qui portait tout son corps gracieux en avant, un bras au-devant de son corps, un mouchoir à la main. Et elle vit que tout ce don dernier de soi et ce grand geste désolé étaient perdus. Le capitaine ne se retourna pas. Alors ses larmes, qu'elle avait contenues jusque-là, jaillirent tout à coup; elle aussi tira son mouchoir, et, dans son épanchement, elle ne savait plus si sa douleur était uniquement personnelle ou si elle pleurait aussi la douleur de cette enfant charmante, là-bas, qui aimait son fils.

Quand elle eut fini de s'éponger les yeux, la jeune femme avait disparu.

II

Quelques mois plus tard, madame Varennes, essayant une paire de gants dans un magasin, rue Daunou, fut servie par une personne qu'elle n'avait pas coutume de voir, et lui demanda:

—Vous êtes nouvelle, mademoiselle?

—Oui, madame, je vendais auparavant dans le voisinage, mais j'ai été malade et j'ai perdu ma place.

—Vous êtes encore pâlotte, mon enfant. Il faut se surveiller à votre âge: prenez donc des gouttes...

Et elle indiqua à sa vendeuse un remède qu'elle croyait excellent contre l'anémie, les suites de grippe, etc. Pourquoi s'attendrissait-elle sur le sort de cette jeune fille de magasin qui lui chaussait les doigts, un à un, avec une adresse et une douceur d'ailleurs remarquables? Etait-ce à cause de ses qualités simplement? Elle n'eût pu le dire. Elle lui trouvait une ressemblance avec quelqu'un qu'elle devait connaître et ne reconnaissait pas. Et elle s'étonna elle-même de l'obstination qu'elle mit, même une fois dehors, à se demander où elle avait vu auparavant cette vendeuse un peu pâle et de figure peu commune.