—Je demande la parole, dit M. Bernereau.

—C'est convenu.

—Messieurs, je vous prie de m'excuser si je manifeste un si grand désir de ne pas laisser se refroidir l'intérêt de l'aventure Briçonnet, mais celle-ci est pour ma propre histoire un excitant tout particulier; c'est elle d'abord qui me l'a fait choisir entre tant d'autres, et j'oserais presque dire qu'elle lui sert de préambule...

Il alluma son cigare, en tira quelques bouffées, et parla.

II

—Messieurs, la difficulté que j'éprouve en commençant, est de me conformer à la règle qui veut que nous donnions à nos personnages des noms supposés. Je ne suis pas un romancier; je n'ai aucune imagination. J'aimerais, je l'avoue, conserver a mon héroïne ce nom de «madame des Gaudrées» auquel nous sommes déjà accoutumés.

—C'est impossible! s'écria Briçonnet, c'est inconvenant à l'égard de mes propres souvenirs. Eh! sais-je de quel opprobre vous allez charger vos personnages? En outre, c'est tendancieux, car par là vous favorisez votre thèse de l'identité entre ma brune et votre blonde!

—Soit, dit Bernereau. Dire qu'il va me falloir baptiser tout mon monde! J'ai envie d'appeler ces gens-là Un, Deux, Trois, etc.

—Non, non! cela est disgracieux, cela ne parle pas à l'esprit.

—Je donnerai donc à ma Dulcinée le nom d'un hameau où j'ai pris hier un bol de lait et qui s'appelle les Noullis.