—Moi aussi.

—Moi aussi, dit M. de Soucelles, piqué lui-même. Eh bien! ajouta-t-il, je propose: la paiera, l'addition, celui qui, par inadvertance, laissera découvrir le véritable nom.

—Levons les masques! s'écrie M. Briçonnet.

—Je m'y oppose, déclara M. Bernereau, l'usage du pseudonyme est plus délicat.

—Il est vrai que nous nous imposons une contrainte ridicule, dit M. de Soucelles. Nous sommes des barbons, des gens d'un autre âge. Nos fils riraient bien de nos subtiles cachotteries!

—Il y avait jadis des rideaux à l'alcôve, dit M. Bernereau, aujourd'hui l'on juge plus sain de n'en mettre même pas au lit.

—Allons! allons! Soucelles, que la vieille discrétion française ne vous porte point jusqu'à esquiver un troisième récit qui nous est dû.

—Ah! le mien ne vous fournira pas, vraisemblablement, la lumière demandée, et il y a peu de chances que vous y reconnaissiez aucune de vos figures. Je vous transporte jusqu'à nos jours, ou du moins jusqu'à avant-hier, en pleine guerre; et mon héros est un tout jeune homme, encore à l'heure qu'il est. Car nous n'avons point, après tout, prêté le serment de ne raviver que nos sujets d'amertume personnels...

III

—Ce garçon, vingt-cinq ans, lieutenant dans l'infanterie, médaillé militaire...