—Mais, madame, dit Suzon, je n'en ai pas! J'ai dit la vérité.

—La vérité est souvent peu vraisemblable, ma chère enfant!

Suzon réfléchit.

Elle saisissait parfaitement le cas et en prévoyait toutes les conséquences. On lui demandait en somme de mentir. Sa nature, très nette, répugnait à un tel moyen de se tirer d'affaire. Mais son humeur heureuse fut tentée par l'occasion qui lui était en réalité imposée de raconter une bouffonnerie énorme. Alors, elle eut tôt fait de prendre son parti:

—Vous voulez le savoir? dit-elle. Eh bien! voilà: mon maître est Vassili-Vassiliévitch.

Un soupir de soulagement s'échappa de l'assistance. Personne ne connaissait, cela va sans dire, Vassili-Vassiliévitch. Mais dès l'instant qu'on était informé que Suzon ne tirait pas son talent d'elle-même, un maître, quel qu'il fût, était non seulement agréé, mais illustré d'emblée par son élève.

Suzon, devenue grave, semblait penser au fantôme Vassili-Vassiliévitch:

—Le pauvre! dit-elle, il a été tué dans l'offensive de Broussilov... Oui, c'était un Russe...

—Il a été tué! Quel malheur! s'écria-t-on de toute part.

—Oh! Il serait devenu bolchevik, dit Suzon: il avait bien mauvaise tête...