Et, en effet, le télégramme était de Lucie Clamoret qui se décommandait à la dernière heure en écrivant à sa chère Mathilde: «Tu ne seras qu'à demi étonnée, ma pauvre amie: une tuile! je suis anéantie; je t'expliquerai tout demain à trois heures si tu peux me recevoir.»

Alors, on bouleversa l'ordre des places, avant de s'asseoir. Quelqu'un dit:

—Les Clamoret n'ont donc plus le téléphone?

—Je crois que leur poste est en réparation, dit Mathilde, d'un ton généreux. C'est assez désagréable: ne les accablons pas.

Cependant, çà et là, autour de la table, des chuchotements avertissaient ceux qui étaient dans l'ignorance de la nouvelle: ça n'allait pas chez les Clamoret, pas du tout.

Et les commentaires les plus fantaisistes d'aller leur train, avec discrétion toutefois, car on savait l'intime amitié qui unissait Lucie Clamoret à Mathilde Angibault.

Mais les échos, atténués, persistèrent parmi les groupes, durant la soirée, et on opposait le ménage de ces «pauvres» Clamoret, qui, décidément, jouait de malheur, à celui des Angibault, presque son inséparable, et de qui la prospérité et l'union étaient exemplaires.

Mathilde, quoiqu'elle pratiquât avec sa bonne grâce habituelle ses devoirs, et toute souriante et causante qu'elle fût, ne dissimulait pas tout à fait un souci: elle pensait à sa chère Lucie sur la tête de qui une nouvelle «tuile» était tombée.

Aussi, le lendemain, attendit-elle avec impatience la visite de son amie.

Lucie arriva à trois heures tapant. A ce moment, on savait qu'Henri Angibault était parti, pour son bureau, et les enfants ou sortis ou au travail avec l'institutrice.