—Je ne t'aurais jamais parlé si des événements trop forts ne t'avaient pas obligée, toi, à me faire tes confidences. Tu te taisais bien, toi aussi, avant la grande explosion!
—Mais, ma chère petite, moi, je me taisais parce que je n'avais rien à dire.
—Ah bien! alors, tu peux te flatter d'en avoir eu une chance!
—Mais enfin quoi? ma pauvre Mathilde. Que reproches-tu sérieusement à ton mari?
Mathilde, de la meilleure foi du monde, poussait un soupir, et son regard semblait offensé par la vision d'un passé lourd d'opprobre:
—Henri, vois-tu, passe pour un caractère réservé: il y a en lui de la sournoiserie. Tu me diras que c'est une tare professionnelle, l'habitude qu'ont ces hommes qui sont dans les affaires de garder pour eux toute une importante partie de leur vie; ils ne savent plus où commencer quand il s'agit de raconter leur histoire... Je me dis parfois que si j'avais épousé un artiste, un homme de lettres, par exemple, eh bien! comme leurs histoires peuvent être intéressantes pour nous, peut-être me les aurait-il racontées...
—Ah! ah! ah! Mathilde, tu me fais rire.
—Pourquoi?
—Parce qu'un artiste, un homme de lettres a mille occasions d'avoir des histoires qui, tout intéressantes qu'elles puissent être, sont précisément de celles qu'on ne raconte pas à sa femme. Ton mari est architecte; il est dans ses ateliers, dans ses chantiers; évidemment, il ne va pas te raser avec des devis, des procès, des prix de main-d'œuvre, ou de béton armé!
—Aussi, je te le répète, ne me dit-il rien du tout.