—Il y a des cannibales parmi eux, Mathilde; mais nous sommes, nous, parfois bien agaçantes...

—Bon! Je suis sûre que tu reviens à ton mari depuis que tu ne le vois plus...

—Je ne reviens pas à mon mari. J'ai encore appris aujourd'hui des détails sur sa vie qui sont à faire dresser les cheveux.

—Dis-moi, Lucie, est-ce que, franchement, tu me trouves avec toi si agaçante?

Lucie sourit:

—Mais non, ma pauvre Mathilde: tu es nerveuse, abominablement nerveuse, depuis quelque temps, et je ne peux négliger que je suis, involontairement, la cause de ton état... Je ne te reproche rien. Dis-moi seulement: est-ce que tu me permettrais de dîner?

—Comment! je t'empêche de dîner! Ah! je n'en suis plus, moi, à dîner ou à ne pas dîner...

—Tu n'as pas dîné, toi non plus, Mathilde, avoue-le? Alors viens te mettre à table avec nous.

—Ma chère maman, dit Lucie en rentrant dans la salle à manger, faisons place à la plus malheureuse des femmes...

Mathilde ne protesta pas et s'assit.