—Il ne s'agit pas de cela, ma petite; mais j'aime qu'on ne dise que ce qui est exact.
—Remarque, disait Mathilde un peu pincée, que maître Vandouge dit que ton mari n'est pas un amateur de femmes; il ne dit nullement qu'il ne t'ait pas aimée... Il y a une nuance.
—Je me demande si cet avoué perçoit bien la nuance. Si mon mari ne m'avait pas aimée—et aimée, ce qui s'appelle aimer—je n'aurais pas eu en lui tant de confiance...
—Voilà ce qu'Henri nomme «un raisonnement de femme». Il prétend que nous sommes dans l'erreur souvent parce que nous concluons comme tu le fais de ce que notre mari nous aime et même quelquefois nous aime trop: quand un homme aime ainsi, c'est qu'il aime l'amour...
—Eh bien! Voilà ce que j'appelle, moi, un «raisonnement d'homme», un raisonnement d'homme qui craint d'être obligé de montrer trop de zèle... Oh! je ne dis pas ça pour le tien qui ne t'a pas négligée...
—Qu'est-ce que ça prouve, qu'il ne m'ait pas négligée? Peut-être qu'il est un homme à n'en pas non plus négliger d'autres?...
—La vérité est qu'on s'y perd, et qu'en tout cela nous ne savons rien... Peut-être que la sagesse est de se dire qu'un «tiens» vaut mieux que deux «tu l'auras».
—Moi, je te dis que tu le regrettes!
—Qui ça?
—Mais ton mari! Tu le regrettes, ça saute aux yeux.