—Je vous aime!

La jeune femme eut une commotion assez violente; il y eut un peu de silence; puis elle soupira profondément; elle porta la main à ses yeux; elle soupçonna sans doute que la forte poitrine virile déjà s'avançait la recevoir; et elle y tomba.

—Pourquoi mentir ou jouer? dit-elle, c'est vous que j'attendais de tout temps...

Elle sentait l'évolution de sa chair aboutir à cet épanouissement où l'âme, enfin équilibrée, se mêle et illumine et sublimise toute chose. Comblée, ravie, elle soupira:

—Je vis! je vis!

La cloche tinta, pour l'heure du dîner. Ils se désenlacèrent.

Septime était planté, tout droit, devant eux, les yeux larges et fixes, et ils auraient pu sentir la chaleur de son souffle.

XXXII

Le plus sot fut ce malheureux enfant. M. Lureau-Vélin et la jeune femme étaient à un de ces moments qui réduisent à la plus infime mesquinerie toute intervention étrangère quel que soit le droit ou la prétention sur quoi elle se fonde. Quelques personnes demeurent encore aujourd'hui rebelles à saisir l'opportunité de l'attitude de matamore que l'on aime à prêter à l'homme qui surprend la trahison amoureuse. Et elles ont raison. Le vainqueur en amour triomphe sur tout.

M. Lureau-Vélin se retint de faire observer au jeune homme qu'il le trouvait mal élevé, et il parla immédiatement comme si de rien n'était. On parcourut l'allée de lavandes et l'on gagnait lentement la maison durant que la cloche continuait à tinter. Madame Durosay elle-même prononça quelques paroles. Si elle était émue, il ne paraissait pas que ce fût d'accablement.