Je descendis avec les deux amis. Dans la rue, celui de ces jeunes gens qui n’était encore qu’élève de l’École des sciences politiques envia le sort de Claude : c’était une chance de posséder une maîtresse si correcte. L’auditeur de première classe au Conseil d’État souleva l’épaule et dit que cette liaison était au contraire déplorable et qu’elle ruinerait l’avenir de Gérard.
— Cette liaison n’est pas éternelle, hasardai-je en riant.
L’auditeur avança les lèvres et me regarda de biais. Je repris :
— Gérard n’est pas esclave ; il a une maîtresse qu’il voit deux fois par semaine, bon ; mais, entre temps, il sort, il est libre ; il commence à aller dans le monde…
— Avec quelles précautions ! quelle abondance de cachotteries ! Sa soirée costumée a été l’escapade nocturne d’un collégien, d’un gamin qui s’échappe par la fenêtre !
— Elle ne lui a causé que plus de plaisir : il recommencera.
— Mais le plaisir qu’il éprouve à fuir en cachette vient de ce qu’il se sent prisonnier !…
Et l’auditeur au Conseil d’État prophétisa :
— Gérard épousera Isabelle !
Je ne pus m’empêcher de rire. Le plus jeune de ces messieurs fit comme moi et s’écria :