Après le dîner, madame de Chanclos me dit :
— Il est délicieux, votre ami, délicieux !…
Plus tard, passant près de moi, elle me glissa à l’oreille :
— Vous savez que sa voisine est conquise !
Jusqu’à une femme « de tout repos ».
En me parlant de lui tout le monde disait : « Votre ami. » On me complimentait de son Conseil d’État, de sa jolie figure, d’un mot qu’il avait dit et de ce qu’il avait plu à madame Une Telle !…
Et lui, indifférent ou dédaigneux, qui ne s’amusait pas, c’est probable, me recommandait en me pinçant la manche :
— Quand tu fileras, fais-moi signe !
De sorte que je ne terminai pas cette soirée sans « mon ami ». Nous partîmes ensemble ; ensemble nous allâmes, je m’en souviens, à une taverne de la rue Royale, et « mon ami » ne me lâcha qu’à ma porte.
Seul avec lui, je n’éprouvais, je l’avoue, aucune répugnance. Il était tout à fait bon garçon, intelligent aussi, sans rien d’original dans l’esprit, mais sans rien non plus qui fût fâcheux. Et puis, il me parut bien que les Chanclos n’étaient pas pour lui le monde où « se détendre » ! De Bernerette, il ne me fit pas mention.