Mais il me pria instamment, dans le cas où je verrais Isabelle, de lui taire ce dîner comme la soirée précédente.
On atteignait la fin de mai, les beaux jours ; madame de Chanclos recevait dans le jardin, plus familièrement qu’en hiver, et, quoique je fusse, en qualité d’ami ancien, dispensé des visites, j’allais maintenant à ses samedis. On n’y vit point Gérard de tout un mois. Le premier samedi, on parla fort de lui ; les « Quatre ou cinq » étaient là, et on les nommait maintenant les « Cinq ou six », car il convenait d’ajouter à leur nombre par taquinerie, et peut-être bien par vraisemblance, la vertueuse voisine du dernier dîner. Il était très apparent, ce samedi-là, que la famille de Chanclos se prévalait d’avoir revu et possédé tout un soir le beau Gérard, tandis que les « Quatre ou cinq » en étaient encore à leur soirée du 23 ! Mais on attendait Gérard. Tout le monde allait donc goûter sa présence en commun.
On fut privé de lui. On l’excusa. Quelques cœurs, je le crois, battirent, le samedi suivant, et, pour une maison un peu sévère, comme l’était celle de madame de Chanclos, et où le sujet de la galanterie occupait rarement le premier plan, ce fut un fait assez remarquable de voir chacun sourire à l’entrée des « Cinq ou six » à bon droit suspectées de venir un peu pour lui.
On parla peu de lui, toutefois, car on avait commencé à soupçonner, ici et là, des susceptibilités ; en outre, comme il ne venait point, les « Quatre ou cinq » triomphaient de mesdames de Chanclos et de la « cinq ou sixième », car le beau Gérard décidément faisait peu d’honneur au dernier dîner.
Quant à moi, je vis Gérard la semaine suivante, car je lui devais une politesse. Il vint dîner avec moi et quelques amis et, incidemment il dit :
— Il faudra pourtant que je « me fende » d’une visite au Ranelagh !
— C’est la moindre des choses.
— Oh ! dit-il, on a excusé ma négligence, j’ai déjà reçu une autre invitation !
— Compliments !
Il ajouta, en confidence :