Dans la semaine, je reçus moi-même la visite de Gérard. Je crus qu’Isabelle m’avait accusé de traîtrise ou que l’auditeur de première classe, par oubli de nos conventions, avait parlé de moi. Point du tout. Gérard avait trouvé chez lui ma carte et s’excusait de n’être pas venu me rendre ma visite plus tôt, ayant eu, disait-il, de petits tracas ces jours derniers. D’un signe des sourcils, je lui donnai à entendre qu’il ne serait pas importun en me narrant ses tracas ; mais il ne me les conta point et se contenta de me dire, avec un léger sourire satisfait :
— Tout est arrangé.
Alors je crus pouvoir lui demander des nouvelles d’Isabelle. Il me dit qu’elle allait fort bien et que même il allait profiter de ce qu’il était revenu à Paris plus tôt que de coutume pour faire avec elle un petit voyage.
Grand Dieu ! était-ce un voyage de noces ? Le mot m’en vint sur les lèvres. Ah ! ne valait-il pas mieux que cette sottise fût accomplie rapidement, tout de suite, — que m’importait le sort de Gérard ! — et que Bernerette se trouvât contrainte à se résigner avant d’avoir espéré davantage ?
Mais je me crus obligé de dire à Gérard :
— On te verra, cet hiver, au Ranelagh, j’espère ?
Il fit un geste évasif.
— Écoute, lui dis-je, ce n’est pas une plaisanterie : il y a cinq ou six femmes qui sont folles de toi !…
Il sourit bonnement, mais sans fatuité, et dit lui-même :
— Cinq ou six femmes !…