— Ne peux-tu pas lui plaire ?

— Moi ?… Non.

— Comme tu dis cela ! Et les parents ?…

— La donneront à qui lui plaira.

Nous marchions côte à côte, lui indifférent autant que moi à l’allure des chiens, ce qui me donnait à supposer qu’il poursuivait sa pensée… Mais il n’ajoutait rien. Je crus devoir insister :

— Ne t’ai-je pas écrit que je ne suis, moi, qu’un vieil ami, un camarade ?…

Nous nous tûmes encore pendant un assez long temps. Un moment, Gérard s’arrêta et fit, des yeux, le tour des trois quarts de l’horizon.

— Saprelotte ! dit-il, quelle jolie propriété !…

Et nous continuâmes de marcher dans l’interminable bruyère. Nous ne parlions pas. Je ne maîtrisais pas les battements de mon cœur. La silhouette de M. de Chanclos parut au bord d’un taillis, et je compris, à un signe de son bras, qu’il nous maudissait, pour ne pas chasser sérieusement.

Je me mis à combiner en moi-même divers types de phrases définitives, destinées à hâter l’achèvement de mon rôle vraiment par trop ingrat ; et j’avais pris le parti de dire à Gérard tout bonnement : « Imbécile ! tu ne vois donc pas qu’elle t’aime ? » quand, au moment d’ouvrir la bouche, un déclenchement soudain se fit dans mon cerveau ; je jugeai qu’un mensonge préalable était nécessaire pour éviter que Gérard ne me crût secrètement épris de Bernerette, et je dis :