— Ah !

Il me fournit deux raisons pour ne pas être de ce dîner. C’était une de trop. Ces raisons étaient des prétextes. Mon cœur palpita. Je pensai à mon amour, à ma jalousie, au sort de Bernerette qui allait être encore remis en suspens, plus gravement que jamais, après l’espoir né à la Tourmeulière.

Et il se tut sur les Chanclos, me parla du Palais et de petites affaires du Conseil d’État. Puis, tout à coup :

— J’ai un poids sur la conscience, dit-il ; il faut que je m’en délivre pendant que je te tiens. Voilà !… Je t’ai parlé inconsidérément d’Isabelle, sur le coup d’une petite pique entre nous deux. Tout ce que j’ai pu te dire de fâcheux à propos d’elle, est faux ; je ne pensais pas ce que je disais, et quant aux minces fondements sur lesquels s’étayait ma rancune : néant ! Je m’étais bel et bien fourré le doigt dans l’œil jusque-là !…

Je lui faisais signe qu’il était inutile d’insister. Mais il ajouta :

— Te rappelles-tu ce que je t’ai dit moi-même, à plusieurs reprises : « J’ai voulu la mettre à l’épreuve ?… » Oui ! Eh bien ! elle faisait de même : tout avait pour but de me mettre à l’épreuve !…

— Tout est bien qui finit bien, dis-je en riant.

Il se leva ; il était soulagé. C’était pour cela qu’il était venu.

Que devais-je faire, moi, de cette invitation pour le 15 ? L’accepter, n’était-ce pas rendre plus sensible l’absence ou l’abstention de Gérard ? Que penserait Bernerette en ne le voyant pas ?… et en me voyant ? « Ah ! celui-ci est toujours prêt ! » Et elle m’en voudrait d’être à sa disposition, tandis que celui qu’elle désire se dérobe. M’abstenir ?… On dirait : « Ces jeunes gens, on ne les tient pas !… » On assimilerait le cas de Claude Gérard et le mien. Ainsi j’innocentais un peu Claude !…

Cependant si Bernerette souffre par l’absence de Claude, — ce qui est probable, — elle brûle de s’informer, elle veut m’interroger, savoir si Claude m’a confié quelque impression sur son séjour à Langeais, sur elle-même !… Alors, avouer à Bernerette que Claude est ressaisi par sa maîtresse !…