— Parlez-vous par parabole, Bernerette ?
— Mais non ! dit-elle ; voyons ! un brugnon, par exemple, eh bien, qu’est-ce que c’est que ça ? Je n’en ai jamais mangé. Et il y a encore des goyaves, des caroubes, des arbouses… bien d’autres dont je ne sais seulement pas les noms et que je voudrais goûter…
— Vous ferez des voyages !… Pour le brugnon, les arbouses, il ne faut pas aller si loin !…
— Oh ! mais tout de suite ! dit-elle, tout de suite… Demain ? la semaine prochaine ? Non, non !… D’ailleurs, je n’y pense plus, c’est une fringale qui m’a passé comme cela… Tout de suite !… répéta-t-elle. Si c’est pour ce soir ou dans une heure, je m’en fiche !…
Elle m’avait vu tout à coup si malheureux de ne pouvoir satisfaire son désir, et peut-être en même temps de l’entendre exprimer un désir maladif et contenant je ne sais quoi de mauvais augure, qu’elle me prit la main et me la serra. Nous étions seuls dans le jardin, avec Joë ; elle me dit :
— Henri ! que vous me faites de la peine quand vous avez l’air malheureux !…
— Cela m’arrive donc ?
Elle ne dit ni oui ni non ; son regard sembla fouiller des histoires anciennes ; elle prit une figure très grave. Son œil, que je suivais, s’arrêtait, dans la représentation du passé, à des points de repère. Enfin elle dit :
— Oui, cela vous arrive.
Et elle me serra tendrement la main.