Moi, je pensais : « Elle revoit dans sa mémoire toutes les fois où j’ai souffert par elle, et sa main qui me tient m’en demande pardon. » Et j’avais envie de lui dire : « Mais ce n’est pas la peine de me demander pardon ! Si vous saviez seulement ce que c’est pour moi d’entendre le son de votre voix, si vous aviez entendu comme moi les quatre petits mots que vous avez prononcés : « Oui, cela vous arrive… », vous comprendriez que cela me suffit, que cela efface tout ! » J’étais bien sincère, l’air qui frappait ses dents et que ses lèvres distribuaient en syllabes toujours précipitées me causait un ravissement inexprimable… J’oubliais réellement tout : je n’avais jamais, jamais souffert par elle…
Elle me dit :
— Henri !… Henri !…
Elle ne me regardait pas ; ses yeux étaient fixés ailleurs ; mais elle tenait toujours ma main. Je fis :
— Qu’y a-t-il ?
Je sentais en elle un tourment singulier ; elle pressait ma main dans ses mains ; je crus qu’elle allait me dire quelque chose d’inespéré : par exemple, qu’elle m’avait aimé, qu’elle m’aimait.
Les larmes lui vinrent aux yeux et elle ne dit plus rien.
Quand je la quittai, le soir, elle me demanda :
— Henri, est-ce que vous seriez allé loin, tantôt, pour me chercher des goyaves, des caroubes ?
J’eus l’air indigné qu’elle en doutât. Il lui passa, sur les lèvres seulement, un sourire.