—Et depuis cette fois-là, combien de fois avez-vous pensé à lui?
—Toutes les fois que je vous ai aimé le plus fort!
—Luisa! Luisa! comme vous l'aimez!
—Ça ne prouve rien!
—Luisa! Une nuit que nous étions montés sur la petite esplanade de notre olivier, dans le jardin de l'Hôtel des Îles-Borromées, j'ai senti que je vous perdais, vous vous en alliez de moi; je vous ai fait horreur un moment; qu'aviez-vous?
Elle se passa la main sur le front. Leur conversation, telle qu'ils n'en avaient jamais eue, commençait à lui causer une sorte de douleur dont l'expression sur son visage, était inconnue pour Gabriel. Il ne désirait plus de sa part que de nouvelles blessures à son amour-propre et à son amour. Il sentait que c'était le début, pour l'un comme pour l'autre, d'une torture enivrante qui ne ferait que s'exaspérer, et dont les conséquences lui échappaient.
—Vous tenez à le savoir? dit-elle.
—Oui! oui!
—C'est absurde. Tant pis pour vous!... Il y avait dans le jardin d'une de mes tantes, sur le Pausilippe; un vieux chêne vert dans lequel on montait à peu près de la même façon, et où l'on avait la plus belle vue de Naples. Le soir de mes fiançailles avec Monsieur Belvidera, on nous laissa nous promener tous les deux, et nous montâmes par enfantillage dans l'escalier ménagé au cœur de l'arbre. Ce fut là qu'il me donna son premier baiser, et à ce moment, il me sembla que le monde entier était changé pour moi. Quand je relevai les yeux, je ne reconnus rien de ce que j'apercevais, ni la mer, ni le Vésuve, ni la longue ville étalée à nos pieds, sauf lui qui me soutenait la taille et me regardait. Il effaçait tout; je ne voyais plus que lui... Oh! mon ami, pourquoi me faites-vous dire cela?
—Mais pourquoi, si souvent, m'avez-vous entraîné vous-même dans l'olivier?