—Carlotta! par la Madone! je crois bien qu'elle est à bord!
—Carlotta! cria l'homme. Et ceux qui le connaissaient reconnurent le timbre du farouche Paolo.
—Carlotta! reprirent les hommes du bord, réponds donc, c'est ton promis!
Carlotta restait immobile sous l'abri de son châle noir, et ne soufflait pas. Elle grelottait, comme si elle eût été prise de froid tout à coup. Ce n'était pourtant pas sa coutume d'avoir peur.
—Vas-tu répondre? cria le promis dont l'humeur ne semblait pas complaisante.
Et il s'élança, en bondissant, sur la passerelle qu'on était sur le point de retirer. Le capitaine allait commander de l'avant:
—Arrêtez! arrêtez! il y a encore un voyageur à descendre.
Le bateau crachait de grands jets de vapeur. Tous les passagers, uniquement préoccupés de la Carlotta, étaient anxieux de la scène qui allait se passer entre le fiancé colère et brutal et la belle fille qui s'aplatissait en tremblant, à la façon des animaux qui pressentent un malheur.
—Carlotta! hurlait Paolo; vas-tu bouger! j'ai là une barque qui t'attend et ta mère est avec moi; nous allons passer directement à l'Isola Madre, pour les fleurs!...
—Non! fit Carlotta qui se décida à desserrer les dents; je vais jusqu'à l'Isola Bella.