Dans le tumulte, très peu s'aperçurent de la barque de Lee, qui aborda aux marches situées près de l'endroit où se trouvaient M. et Mme Belvidera et Dompierre. Avec son grand chapeau et son manteau romantique, le poète traversa la foule comme une ombre. Il marchait à grands pas et d'une allure précipitée.
Une curiosité invincible fit lever Gabriel. Il avait hâte de savoir l'impression de l'accident sur cette étrange cervelle. Machinalement, M. et Mme Belvidera se levèrent avec lui et le suivirent. Ils portaient le poids des événements, et parlaient peu. Ils se promenèrent de long en large dans le jardin des annexes, où Gabriel les avait entraînés; ils firent le tour du jet d'eau au perpétuel murmure. Le jeune homme leva la tête malgré lui: on allumait la lumière dans la chambre de Lee. Il brûlait de regarder, de tâcher de surprendre la figure de l'Anglais, de savoir... Mais ce moyen était par trop indiscret; de plus, il n'était pas seul; il essaya d'entraîner ses compagnons. Mais tout à coup, il leur dit, sans pouvoir se maîtriser:
—Regardez!
Ils levèrent la tête dans la direction de la lumière. Lee était assis, la figure en plein dans la clarté de la lampe; il venait de se mettre à sa table de travail, simplement, mais ses mains étaient inertes, tombées devant lui, et, pour la première fois de sa vie, des larmes coulaient le long de ses joues.
M. Belvidera était stupéfait. Son étonnement augmenta en remarquant que Dompierre éprouvait une véritable joie à lui répéter:
—Regardez! regardez!
Dompierre raconta ce qu'il savait des relations de Lee et de la marchande de fleurs.
—C'était donc lui! s'écria M. Belvidera.
—Il n'était pas son amant, dit Dompierre, et vous voyez, il vient seulement de s'apercevoir qu'il l'aimait.
—Le malheureux!