—Je ne sais pas. Mais, toi-même, généralement, tu n'aimes pas à parler de l'avenir.

—Mais demain ce n'est pas l'avenir; demain, c'est là, tout près, nous y touchons! Voyons, est-ce que nous ne disons pas tous les jours à «demain», est-ce que nous ne combinons pas nos promenades pour le lendemain? Eh bien? Qu'est-ce que ça signifie? Qu'est-ce qui te prend? Qu'as-tu?... Tu as reçu... il y a... des nouvelles?

—...Non, mais non, il n'y a rien; je t'assure.

—Si! tu as reçu une lettre ce soir; j'ai vu le portier te la remettre.

—Oui, c'est vrai, mais je te jure, mon mio, il n'y a rien, non, rien de... menaçant, d'imminent?... Comment dire? Non, non, il n'y a rien. Je ne sais en vérité pas pourquoi je t'ai dit de ne pas parler de demain.

Il était tombé sur le banc; il lui semblait que tout à coup son sang s'écoulât, ou que son cœur se fût arrêté. Il se sentait frappé subitement du plus grand malheur qui le pût atteindre; il comprenait d'un coup la violence de la passion qu'il éprouvait, la nécessité absolue de cette passion pour lui, le choc épouvantable, irrémédiable, au cas où ce lien si jeune encore, mais si vigoureux, viendrait à être brisé. Et il ne se pardonnait pas de n'avoir pas prévu que ce malheur pouvait arriver d'un moment à l'autre, devait arriver, inévitablement. Non, il était si fou qu'il n'y avait pas pensé.

—Votre mari arrive? dites, dites-moi que votre mari arrive!

Elle eut un moment d'hésitation à répondre, qu'il attribua à la difficulté qu'elle avait peut-être à mentir, mais qui pouvait provenir chez elle de la légère stupeur provoquée par ces mots: «Votre mari» que son amant n'avait jamais prononcés. Puis elle vint à lui avec toute sa tendresse accoutumée:

—Mais non! mio, puisque je t'affirme que non! puisque je t'affirme qu'il n'y a rien de nouveau, rien.

—Tu me le jures?