—Taisez-vous! taisez-vous! dit-elle.

—Pourquoi me taire? voici un des rares moments où nous sommes seuls. Je veux vous parler. Vous savez bien que je suis à la torture, que tout ce qui se passe m'est un supplice perpétuel, que j'ai une faim atroce de vous, Luisa, ma chérie, ma bien-aimée!...

—Chut! je vous en prie, on vient!...

—Non! non! je ne me tairai pas; entendez-vous? Je vous aime; je vous veux; je vous veux!

—Mais taisez-vous donc! mon mari est sur nos talons!

—Ce soir, entendez-vous, une heure avant le dîner; je vous attendrai dans ma chambre, au bout du corridor, nº 27!

Il lui dit ceci, très tranquillement, très à l'aise, en se penchant vers son visage, presque à la barbe de son mari qu'il voyait derrière eux, les touchant presque; puis il retourna la tête en arrière du côté de M. Belvidera, et ajouta tout haut, en souriant et prenant la jeune femme par le bras avec familiarité:

—Courons! courons! Voici votre mari qui nous surprend en flagrant délit de flirt!

M. Belvidera sourit simplement en se glissant entre eux, pour les séparer, et leur prit le bras à l'un et à l'autre.

Gabriel était heureux de son ignominie; il ne la trouvait pas assez forte; il aurait voulu quelque chose de plus abject. Mais il ne fallait pas désespérer; l'occasion s'en offrirait tôt ou tard.