—De chez monsieur Clérambourg!… répéta mon père, qui pâlit.

—C'est monsieur Clérambourg qui fait demander à monsieur le sabre qui est là-haut, accroché dans la chambre de monsieur et madame… rapport à ce que c'est le sabre que monsieur Clérambourg avait prêté à monsieur pour la garde nationale, du temps des Prussiens. C'est la petite bonne qui est là; elle dit comme ça que ne faudrait pas que ça dérange monsieur, quelquefois que monsieur aurait besoin de son sabre; mais, autrement, monsieur Clérambourg le fait réclamer, rapport à la fête…

—A la fête?…

—C'est comme qui dirait pour le déguisement; à ce qu'elle prétend, la petite bonne, faudrait à son maître un grand couteau pour trancher des pâtés d'alouettes qui sont de la taille d'une meule de foin… Y a de quoi rire!

La mère Fouillette ne pouvait se tenir en se représentant au festin de Gargantua M. Clérambourg—si solennel et si lésineur—tranchant avec un sabre des pâtés d'alouettes de la taille d'une meule de foin.

Mon père était stupéfait. Cela ne le faisait pas rire. Il avait toujours conservé ce sabre depuis la guerre. Il ne se souvenait même plus qu'il appartenait à Clérambourg. Mais que Clérambourg, ayant rompu toute relation avec nous, envoyât réclamer son sabre à l'occasion de cette mascarade, cela dépassait son entendement. Cependant il cherchait à s'expliquer la chose, parce que, dans son cœur d'ami fidèle, il ne pouvait croire que Clérambourg n'eût pas quelque raison d'agir ainsi.

La mère Fouillette devinait la pensée de son maître, et, en son langage naïf, elle lui fournit une vérité profonde:

—Ce n'est peut-être pas à dire que monsieur Clérambourg soit «rapiat, rapiat» autant que le bruit en court; mais quand il s'agit d'acheter des inutilités, ça serait un homme à plutôt dépouiller les morts…

En effet, c'était ce que faisait Clérambourg. Mon père, pour se convaincre, alla dans le corridor, et il vit la petite bonne de Clérambourg qui lui fit un bonjour de la tête. Il revint et dit à la mère Fouillette:

—Mais allez donc chercher là-haut ce qu'on demande; vous savez bien où c'est!… Vas-y, toi, mon petit, ajouta-t-il; tu expliqueras à ta petite-maman, qui doit être dans la chambre.